Accueil Haut de page
Partager sur facebook Partager sur Twitter Partager sur Google +

Comment relâcher un poisson

Comment relâcher un poisson par Travelers and Fish

De plus en plus de pêcheurs remettent leurs prises à l’eau. Nous sommes pour la plupart en effet convaincus que la raréfaction de nos ressources halieutiques implique une modification de la pratique de la pêche. Les parcours « no-kill / sans tuer » ou « sans panier » se multiplient sur nos cours d’eau, nous prenons souvent des poissons qui ne font pas la maille. Il est donc essentiel d’être capable de remettre un poisson à l’eau dans les meilleures conditions possibles.

De nombreux liens sont présents sur la toile, en français ou en anglais, souvent anciens : il semble intéressant de s’essayer à une synthèse des principales recommandations. L’ambition de cet article n’est certainement pas de convaincre tous les pêcheurs de remettre toutes leurs prises à l’eau. L’objectif est simplement de laisser le maximum de chances de survie au poisson, dans un esprit de pêche responsable, lorsqu’on a décidé de relâcher sa prise.

Les principales recommandations

  • Utiliser des hameçons (simples) sans ardillons

Il est ainsi beaucoup plus facile de retirer l’hameçon du poisson (ou du doigt du pêcheur…), ce qui permet de limiter le temps de manipulation de la prise.

  • Maintenir le poisson dans l’eau le plus possible

Eviter de sortir le poisson de l’eau ou le sortir de l’eau le moins longtemps possible afin d’éviter une trop longue exposition à l’air : chaque seconde passée hors de l’eau diminue ses chances de survie…

  • Si on doit toucher le poisson, s’humidifier les mains

Avec des mains mouillées, le pêcheur abîme moins le poisson en évitant en particulier de lui enlever trop de mucus.

  • Si l’hameçon est piqué trop profondément, ne pas chercher à le décrocher, mais couper le fil

La plupart des études montre que cette pratique augmente les chances de survie du poisson ainsi relâché.

  • Le combat et la manipulation du poisson ne doivent pas être trop long

L’objectif est de ne pas trop fatiguer le poisson. Pour pouvoir mettre terme au combat, il faut parfois pêcher avec du matériel robuste (canne, moulinet, bas de ligne…) ; la manipulation du poisson doit être la plus rapide possible, que ce soit pour le décrochage ou pour une éventuelle séance photo. Il est important de ne toucher ni les yeux ni les branchies du poisson, de ne pas le serrer trop fort.

  • Prendre le temps de laisser récupérer le poisson avant qu’il reparte

Si le combat semble avoir fatigué la prise, maintenir le poisson dans l’eau à l’horizontale la tête face au courant le temps qu’il récupère, sans lui imposer de mouvement de va et vient.

  • Eviter de pêcher les poissons en profondeur

Un poisson qui a été pêché en profondeur (plus de 10 mètres) risque d’être soumis aux effets de décompression s’il est relâché et ne pas survivre. Les percidés (perches, sandres) sont notamment concernés par ce phénomène.


poisson dans l eau
© Travelers and Fish

Des connaissances à approfondir

Pour rédiger cet article, j’ai cherché des études scientifiques ayant notamment travaillé sur les taux de survie des poissons ayant été remis à l’eau. Différents travaux (la plupart du temps menées sur le continent nord-américain) datant d’une dizaine d’années abordent cette thématique : les conclusions de ces études sont souvent éloignées les unes des autres, les débats ont été nombreux autour de ses résultats (notamment concernant l’utilisation d’appâts naturels). Il n’est donc pas facile de sortir un chiffre unique et global de taux de survie des poissons relâchés, sachant que ce chiffre dépend aussi des espèces de poissons pêchées, de la façon de pêcher (une ligne tendue et un ferrage immédiat permettent par exemple d’augmenter les chances de survie pour la pêche aux appâts naturels) et des conditions de pêche. La réalisation d’une étude récente sur ce sujet, par les instances françaises, pourrait être de nature à éclairer la communauté de pêcheurs sur les bons gestes à adopter pour remettre les poissons à l’eau dans les meilleures conditions, sur les techniques de pêche permettant les meilleurs taux de survie des poissons relâchés par exemple. Ce type d’étude permettrait également aux gestionnaires de mettre en place des politiques de gestion de nos cours d’eau plus adaptées.


truite dans épuisette
© Travelers & Fish

Un autre sujet pouvant mériter discussion est celui de l’utilisation de l’épuisette. Selon les pays, les recommandations diffèrent. Concrètement la Fédération Nationale de la Pêche en France conseille de « manipuler les poissons avec précaution en utilisant une épuisette à mailles fines non abrasives ». (Cf le lien plus bas vers le site Génération pêche). On peut en effet penser que l’épuisette peut permettre d’abréger des combats, peut éviter au poisson de rester trop longtemps hors de l’eau et faciliter les manipulations pour un décrochage rapide de la prise.

Au contraire, le Gouvernement du Québec recommande « de décrocher et de contrôler le poisson sans recourir à l’utilisation d’une épuisette. Cependant, lorsque l’utilisation d’une épuisette s’impose ou permet de limiter la durée du combat, il faut privilégier une épuisette à petites mailles sans nœud, en caoutchouc ou en coton, afin de limiter les blessures que le poisson pourrait s’infliger en se débattant » (Cf. plus bas le lien vers les préconisations du Gouvernement du Québec).

A nous tous, pêcheurs, d’adopter les bons réflexes de remise à l’eau de nos prises et de sensibiliser nos collègues pêcheurs à ces bonnes pratiques !! A nous également de nous informer mutuellement sur l’évolution des recommandations de ces pratiques, si les connaissances scientifiques nous apportent des éléments nouveaux. Bref, le débat est ouvert… Et n’hésitez pas à nous faire part de votre avis, ou à nous transmettre toute étude ou réflexion menée sur ce sujet !!

Liens vers sites institutionnels

Le site Génération Pêche (Fédération Nationale de la Pêche en France) propose un certain nombre de recommandations sur cette page : bonnes pratiques et sécurité au bord de l’eau.

Le Gouvernement du Québec nous propose les « saines pratiques de remise à l’eau du Québec ».

La Fédération départementale de pêche des Pyrénées-Atlantiques propose des informations intéressantes sur son site Internet, en particulier un guide des bonnes pratiques intitulé « Remettre à l’eau un saumon OUI ! Mais comment ? ». Parmi les « recommandations essentielles » formulées dans ce document et concernant la remise à l’eau d’un saumon : « ne pas pratiquer le no kill si la température de l’eau dépasse les 18°C, pêcher avec un hameçon de taille inférieure à 4 (n°6 à n°12), simple et sans ardillon ». Il est également recommandé d’« éviter de sortir le poisson hors de l’eau plus de 10 secondes ». Le guide précise en effet : « il a été observé que des saumons gardés moins de 10 secondes hors de l’eau avaient une chance de survie 2 à 3 fois supérieure que ceux ayant été exposés 10 à 20 secondes à l’air ».

Ce guide a été réalisé suite aux préconisations d’un rapport de stage universitaire datant de 2015 intitulé « la remise à l’eau du Saumon Atlantique après la pêche à la ligne : état des lieux, synthèse bibliographique sur l’effet biologique induit et opportunité de mise en place d’un protocole d’étude sur les bassins versant Adour et Nivelle ».

Les Fédérations départementales de la Pêche et de la Protection du Milieu Aquatique en Bretagne, Bretagne Grands Migrateurs se sont inspirés des recommandations québécoises pour produire ce document : saines pratiques de la remise à l’eau du poisson – le cas des aloses et du saumon.

Sur le cas particulier de l’hameçon circulairecircle hook » – non abordé dans cet article), consulter ce mémoire présenté à l’université du Québec à Chicoutimi : « Est-ce que l’hameçon circulaire peut réduire la mortalité à la remise à l’eau sans diminuer le succès de la pêche ? ».

Liens vers sites ou blogs ayant abordé ces thématiques

Un article très intéressant à lire, qui aborde le sujet des taux de survie des poissons relâchés (notamment en pêchant avec des appâts naturels) en se basant sur les principales études existantes il y a 10 ans : moucheur.com.

Un article très complet intitulé « carnassier – comment bien les manipuler », à lire sur carnassiers.com : intéressant en particulier car il décrit (en français) les techniques pour bien relâcher les prises en fonction des différentes espèces de carnassier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *