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La reconquête du gave de Pau par le saumon atlantique

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Le gave de Pau, une rivière pour les saumons

Le saumon était historiquement très présent sur le bassin versant de l’Adour. Une abondance telle qu’à la fin du 19ème siècle, la densité et les dimensions des saumons des Gaves et des Nives attiraient de nombreux pêcheurs britanniques, pourtant habitués des cours d’eau riches en poissons migrateurs.

Mais le saumon a tout simplement failli disparaître, l’espèce ayant quasiment déserté le gave de Pau au cours du 20ème siècle. Pollutions et rejets toxiques dans les cours d’eau, forte pression de pêche, dégradation de leurs habitats naturels (avec notamment la construction de nombreux ouvrages hydrauliques impactant la continuité écologique des cours d’eau) ont mis en péril la survie des poissons migrateurs.

Une prise de conscience, bien que tardive, a permis d’éviter le pire. Et depuis une vingtaine d’années les acteurs locaux se mobilisent pour aider le saumon atlantique à reconquérir les Gaves, les Nives et la Nivelle.

Les efforts pour ré-introduire le saumon Atlantique

Des alevinages ont commencé à être réalisés depuis les années 1970 sur le bassin de l’Adour, ces opérations se sont intensifiées depuis les années 2000. Les bassins de la Nive et du gave d’Oloron ne sont actuellement pas concernés par ces opération d’alevinages : même si les populations de saumon ne sont pas au niveau du potentiel des cours d’eau, l’objectif est de ne pas perturber leur fonctionnement naturel (par exemple d’un point de vue génétique).

C’est donc uniquement le gave de Pau qui fait l’objet de ré-introductions à présent. En parallèle des efforts poursuivis sur le volet continuité écologique, il s’agit d’arriver à soutenir les populations pour que le saumon puisse réussir à se reproduire de manière autonome à moyen terme. L’objectif n’est pas de soutenir le stock de façon pérenne.

Alevinage en saumons du Gave
Opération d’alevinage @ Migradour

D’importantes opérations d’alevinages pour soutenir temporairement les populations

Ce sont ainsi près de 500 000 alevins qui sont actuellement déversés chaque année sur le gave de Pau. La maîtrise d’ouvrage de ce volet alevinage est assuré depuis 2016 par Migradour, qui explique la démarche en détail sur son site web : Migradour : soutien des stocks – repeuplement.

Les pratiques d’alevinage ont évolué depuis une dizaine d’années, notamment afin de mieux répartir les déversements avec un choix de site plus diversifiés. L’objectif étant d’éviter la concentration d’alevins sur les radiers, qui pouvait augmenter leur taux de mortalité. Une réflexion a aussi été menée afin de rejeter des poissons à différents stades de leur développement. Ce sont ainsi 300 000 alevins au « stade précoce » qui sont relâchés au printemps. Des poissons qui peuvent s’adapter plus vite au milieu naturel, donc à priori une souche plus rustique, mais aussi des poissons qui peuvent subir une mortalité plus importante avec la fonte des neiges. 200 000 alevins au « stade estival » sont par la suite lâchés sur le gave de Pau.

C’est aussi le volet génétique qui a fait l’objet d’importantes réflexions. L’objectif étant avant tout de pouvoir produire des œufs de souche autochtone. La volonté des gestionnaires est aussi de maximiser le brassage génétique lors de la production des œufs destinés à l’alevinage. Ces opérations d’alevinage ne sont réalisées qu’avec des « saumons de souche Gaves » depuis longtemps maintenant : il s’agit de géniteurs de première génération, afin de minimiser la déviance génétique.

Alevinages en saumons de souche Gave
© Migradour

Une réflexion à mener sur le financement des alevinages sur le gave de Pau

Le bien-fondé même de ces opérations d’alevinage est parfois discuté, mais les résultats des 15 dernières années de travail démontrent leur efficacité. C’est plutôt la question du financement de ces alevinages qui pourrait être débattu. Sur les 120 000 € nécessaires annuellement (essentiellement pour le stockage des alevins), les principaux financeurs sont l’Union Européenne, l’Agence de l’Eau, la FNPF et les Fédérations départementales de pêche des Hautes Pyrénées et des Pyrénées Atlantiques. Notons donc que la pêche professionnelle ne participe pas à ces investissements, mais semble dans le même temps en tirer certains bénéfices… La contribution de ce secteur d’activité aux opérations d’alevinage mériterait assurément d’être discutée, dans le cas où la pêche professionnelle continuerait à exercer une pression sur les populations de poissons migrateurs.

Améliorer la continuité écologique

Ces alevinages ne seraient pas pertinents sans que des travaux permettant de restaurer la continuité écologique ne soient menés en parallèle. Les études avaient ainsi dénombré 71 obstacles sur le gave de Pau et ses affluents pour la montaison des poissons (37 uniquement pour le Gave). Dans les années 2000, on estimait que seulement 35% des saumons remontaient jusqu’à Pau, puis seulement 10% jusqu’à Nay (où commencent à se trouver les zones les plus favorables à la reproduction sur le gave).

Pour la dévalaison, 36 ouvrages impactants avaient été recensés, dont 24 sur le gave. Une étude en date de 2008 estimait que la mortalité des poissons en dévalaison atteignait 20% à cause des ouvrages (10 ouvrages causant à eux seuls 75% de la mortalité). Depuis 2010, 7 centrales ont ainsi été mises en conformité (donc 5 parmi les plus impactantes).

D’importants programmes sont encore en cours, avec notamment 8 ouvrages concernées pour l’Institution Adour. 2 démarches coordonnées sur des ouvrages hydro-électriques (9 ouvrages en Hautes Pyrénées, 9 autres ouvrages en Pyrénées Atlantiques) permettront également de travailler sur ce sujet d’ici 2022.

On peut donc penser que la continuité écologique va continuer de s’améliorer sur le gave de Pau et ses affluents dans les prochaines années. Mais la vigilance reste de mise, car déjà des nouveaux projets de centrales hydro-électriques semblent à l’étude et pourraient anéantir tous les efforts entrepris depuis une vingtaine d’années.

Le point sur la situation : évaluation des remontées de saumon sur les dernières années

Les remontées de poissons migrateurs font l’objet de suivis précis, sur l’ensemble du bassin versant de l’Adour, notamment via le réseau de stations implantées sur les principales rivières. Différents types de stations et de méthodologies de comptages sont utilisés : le contrôle peut être effectué par vidéo-comptage ou par piégeage manuel.

Evolution des effectifs de saumon sur le Gave de Pau
Source Migradour

On constate depuis 2006 une bonne évolution des effectifs de saumon atlantique sur le gave de Pau. Le nombre de remontées est parti d’environ 200 dans les années 2006-2007, pour dépasser la barre symbolique des 1000 poissons à partir de 2017. Cette évolution reste fragile, et les efforts de soutien aux populations de saumon méritent d’être poursuivis. Les derniers travaux de suivi montrent en effet (à lire sur cette page du site de Migradour) que « sur un effectif de retour de 1 200 individus, l’alevinage (tous stades de déversement confondus) contribuerait à hauteur de 40-50 % des retours de géniteurs ». Le taux de retour des alevins estivaux est évalué à 0.15%. Un pourcentage satisfaisant comparativement à d’autres programmes de ce type menés en France ou à l’étranger. Sur 200 000 « alevins estivaux » déversés, on peut estimer que le nombre de retours de géniteurs est compris dans une fourchette de 280 à 350 saumons. Pour le « stade précoce », et en prenant une hypothèse de mortalité 2 fois supérieure aux alevins estivaux, ce sont entre 210 et 260 géniteurs qui reviennent en rivière sur les 300 000 alevins déversés.

La moitié du stock de saumon semble donc issu des campagnes d’alevinages. Un ratio à surveiller de près dans les 10 ans qui viennent, pour s’assurer que le saumon du gave puisse être autonome lorsque les travaux permettant d’assurer une meilleure continuité écologique auront porté leurs fruits.

On peut par ailleurs estimer qu’une grosse moitié des saumons qui reviennent en rivière sur le bassin versant de l’Adour sont des castillons (qui n’ont passé qu’un seul hiver en mer), l’autre petite moitié étant des saumons qui ont passé plusieurs hivers en mer. A titre d’exemple en 2018, la taille moyenne des saumons était de 68 centimètres (pour des dimensions variant entre 49 et 91 centimètres).

Suivi et comptage des populations de saumon atlantique sur le gave
© Migradour

Nombre de captures réalisées en 2019

Une analyse des captures effectuées à l’échelle du département est livrée sur le site de la Fédération de pêche des Pyrénées Atlantiques. 476 saumons ont été déclarés par les pêcheurs de loisir en 2019 : 413 sur le gave d’Oloron, 38 sur le Saison, 5 sur la Nive et 20 sur le gave de Pau.

Mais c’est surtout le nombre important de captures effectuées par les pêcheurs professionnels qui interpelle, puisque sur l’année 2019, 1661 captures de saumons ont été déclarées par les marins pêcheurs, et 500 captures ont été déclarées par les professionnels en eau douce.

A supposer que ces estimations soient proches de la réalité, on peut donc considérer que 39% de la cohorte 2019 a ainsi été prélevée par l’ensemble des pêcheurs (32% par la pêche professionnelle et 7% par les pêcheurs de loisirs). Ce ratio est encore plus important pour les saumons ayant séjourné plusieurs hivers en mer, depuis plusieurs années.

Pêche du saumon et développement de la pêche de loisir dans le 64

Se pose évidemment la question de la pratique de la pêche au filet au niveau de l’estuaire de l’Adour par les pêcheurs professionnels. La tendance actuelle laisserait espérer une cessation d’activité pour certains d’entre eux, avec un dédommagement financier accompagnant leur reconversion ou la dépose des filets. Le goulet du port de Bayonne ne verra par ailleurs plus les filets capturer les poissons migrateurs, ce dont il faut se féliciter. Même s’il est à ce jour difficile d’évaluer son impact positif, la pression de pêche restant importante en amont du port. Ces lueurs d’espoir, couplées à la poursuite des efforts d’alevinages et sur la continuité écologique, permettraient d’envisager un développement de la pêche de loisir du saumon sur le gave de Pau à moyen terme.

Les populations de saumon à préserver sur le gave
© Migradour

Un avenir pour la pêche de loisir du saumon sur le gave de Pau ?

D’un point de vue économique, une ouverture plus importante de la pêche du saumon sur le gave de Pau permettrait d’envisager de plus larges retombées économiques pour le territoire. Pour les professionnels déjà implantés sur le secteur (guides de pêche, commerces d’articles de pêche) mais aussi en termes d’emplois indirects (restauration, hébergements…). La Fédération de pêche des Pyrénées Atlantiques avait réalisé une enquête auprès de 199 pêcheurs entre juin et septembre 2013 (à consulter ici). Il était ressorti de cette étude que « le chiffre d’affaires généré par la pêche du saumon dans les Pyrénées-Atlantiques est d’environ 1,5M €/an ».

De plus importantes possibilités de pêche sur le gave de Pau devraient par ailleurs nécessairement impliquer une réflexion plus profonde sur les pratiques de pêche à mettre en place sur le bassin versant, avec un nouveau modèle de gestion à inventer. L’idée première devant être de proposer une offre de pêche de qualité avec des règles de pêche qui encadrent correctement la pratique sans que les pêcheurs y voient une limitation de leurs droits. Les dates d’ouverture et de fermeture de la pêche du saumon peuvent aussi être en enjeu d’importance, pour l’ensemble des catégories de pêcheurs. Les plus gros spécimens semblant remonter les cours d’eau en début de saison, une ouverture décalée (aux mois d’avril-mai) mériterait une réflexion approfondie. Même s’il est entendu que ceci n’empêcherait pas une capture plus tardive des gros sujets sur les parties amont.

Garder comme objectif prioritaire la présence du saumon sur les cours d’eau

Mais le plus important resterait la préservation de la ressource, les populations de saumons sauvages sur le bassin restant pour la moment très fragiles. En ce sens, l’interdiction de prélèvement du saumon sur l’ensemble du linéaire du gave de Pau – au moins temporaire – permettrait de ne pas trop impacter la population. L’auto-surveillance de pêcheurs ne respectant pas la réglementation par un plus grand nombre de pratiquants présents sur la rivière pourrait également constituer un point positif pour toutes les espèces piscicoles. Il reste en effet difficile de poster un garde derrière chaque pêcheur. La pression de pêche de loisir sur le saumon serait par ailleurs répartie pour « désengorger » quelque peu le gave d’Oloron, dont la bassin attire pour l’instant une majorité de pratiquants. Dans un premier temps, il faudra toutefois s’assurer que la population est stable et suffisante sur le gave de Pau, avant de l’ouvrir plus largement à la pêche de loisir.

Autant de sujets qui ne manqueront pas d’alimenter les discussions passionnées entre pêcheurs et gestionnaires dans les années qui viennent. A condition bien sûr que le saumon continue ces prochains mois de reconquérir petit à petit le gave de Pau et ses affluents.

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